Prise de parole : quelle structure de récit ?

Très souvent on m’interpelle sur la structure d’une prise de parole : comment la concevoir, comment structurer son propos ? Ma réponse surprend et déconcerte : « laissez tomber la question de la structure ! » dis-je. Ce qui mérite quelques explications…

Imaginez-vous dans la situation suivante : vous rentrez chez vous après une journée de travail. Vous retrouvez votre famille ou des amis. Comment allez-vous « structurer » le récit de votre journée ? Eh bien sans structure, justement ! Vous allez commencer par raconter le plus significatif, ce qui vous a le plus marqué dans votre journée et/ou ce qui va le plus intéresser votre public. Vous allez plonger dans votre « stock » d’événements vécus pour y piocher les éléments que voulez porter à connaissance. Intuitivement, vous allez mettre dans votre récit des « morceaux » qui vont intéresser les autres. Et ça marche ! Pourtant, il n’y a rien, dans vos propos, qui ressemble à une structure en grand A, puis un grand B, et enfin un grand C, n’est-ce pas ?

Pour impacter, donner de sa personne

La manière de construire en trois parties et trois sous-parties est un héritage tenace de l’ancien monde, dans lequel la data était rare et l’orateur en position de pouvoir. On l’écoutait alors dérouler l’introduction, puis le développement et enfin la conclusion, sans trouver à y redire. Aujourd’hui on « y redit » : la data n’a plus de valeur puisqu’elle est partout et le marché de l’attention est saturé. Pour qu’on l’écoute, l’orateur doit donner de sa personne comme jamais auparavant …

La structure cadre ; elle formate. C’est son avantage : elle est facilitatrice. C’est aussi son plus grand défaut : elle produit des dissertations de philo très bien notées mais des prises de parole fades, scolaires, sans élan… Elle empêche l’impulsion sans laquelle pas d’impact à l’oral.

En prise de parole, il s’agit bien de donner de sa personne. D’être engagé dans son récit, de le porter avec élan, dans l’impulsion du moment. C’est à cette condition que l’orateur est au top de sa performance, y compris dans son expression non verbale – body language. Et c’est à cette condition, et celle-là seule, que l’orateur est désormais écouté, entendu, compris, suivi…

Une structure libre, en mode pitch

En tant que coach en prise de parole, je propose de travailler sur une structure libre, avec des arguments qui viennent étayer un message principal qui se pose comme un fil rouge, comme une colonne vertébrale narrative. L’ordre des arguments, puisqu’il faut bien commencer quelque part, me direz-vous, dépend de l’auditoire, de ses attentes, de sa curiosité, de ce qui le constitue. Exactement comme dans l’exemple cité au début de ce texte et que vous pouvez relire maintenant. Il n’y a plus d’organisation contrainte mais des éléments libres qui se réagencent dans l’impulsion de chaque prise de parole. Chacune est singulière parce que chaque moment de récit est singulier.

Quitter le monde de la structure cartésienne et aller vers une structure libre, accrocheuse – qu’on appelle un pitch –, c’est aussi se débarrasser de la tentation de la narration chronologique. Elle appartient, elle aussi, à notre culture et notre éducation des siècles passés. Mais, parce qu’elle met tous les éléments du récit à même niveau, elle nivelle – justement ! –, elle écrase le relief et produit un récit insuffisamment intéressant. Si on reprend l’exemple de votre journée de travail, vous conviendrez que vous ne délivrez jamais votre récit de manière chronologique – ou seulement très rarement, quand c’est vraiment indispensable.

Observez bien les modalités narratives de notre époque : films, séries, romans, polards, journaux radio ou TV… rien n’est construit en chronologie ! Et pourtant, tout cela est professionnellement conçu pour faire de l’audimat et accrocher, capter, garder l’attention du public sans cesse distrait par de nouvelles sollicitations. Pour celui qui veut prendre la parole de manière impactante, il convient donc de se caler sur les mécanismes d’attention du public. Sinon, le risque est grand de se trouver disqualifié.

Déconstruire pour gagner en impact

Dans le même esprit, et puisqu’il faut accepter de déconstruire pour construire autrement – sinon on ne fait que modifier à la marge – jetons au panier les notions de synthèse et de conclusion dans le sens habituel de ces mots !  L’une comme l’autre prétend « compacter » ce qui a été énoncé précédemment par l’orateur, le faire tenir dans du plus court, du plus dense… Or plus c’est compact, moins on capte. Pour gagner en impact il convient, à l’inverse, de « déplier », de donner à voir, de mettre en relief. Il s’agit d’abandonner l’exhaustivité au profit de la mise en exergue. Ce qui suppose de faire des choix narratifs…

Si tout ceci aiguise votre curiosité, ou vous amène à vous poser des questions, vous pouvez en apprendre davantage en vous plongeant dans le Livre blanc de la Méthode du Losange qui rassemble toutes ces considérations sous forme d’un manuel de construction narrative.

Et si vous vous dites que cette histoire de structure libre mérite plus d’explications, vous pouvez prendre un rendez-vous pour que nous en parlions ensemble.

À tous : à bientôt pour la suite !

Sophie

 

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Le cabinet Sophie Backer Conseil accompagne dirigeants, managers et élus sur leurs prises de parole en public, en visioconférence ou face aux médias : la construction du message, la posture, la voix.
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