Des mots propres, pour une parole propre et un honneur propre

Je crois que c’est clair ! Notre capacité collective à débattre proprement, à porter des arguments étayés et à faire entendre, par nos mots, la complexité du moment, cette capacité est décidément bien faible. Très très faible…

En effet, tout être un tant soit peu civilisé s’est effrayé des violences verbales qui ont marqué la campagne pour les élections municipales de ce mois de mars 2026. Sans parler des violences physiques, mais les unes ne vont-elles pas toujours avec les autres ?

Menaces – parfois de mort –, injures, insultes, mots sales, vulgaires, indignes : les psychologues nous enseignent que la saleté des mots renvoie à la dégradation de l’image de soi et des autres. Quand les mots sont dégradés, tout se dégrade…

La beauté de l’être humain est d’avoir créé, ce qu’aucun autre élément vivant n’a fait, des langues et des mots. Encore aujourd’hui, quelque 7 000 langues vivantes seraient parlées dans le monde. Dans la culture chrétienne, on nous dit : « Au commencement était le Verbe ». Dans la tradition hébraïque, Dieu se sert de la parole – rien que ça – pour créer : « Dieu dit : que la lumière soit… et la lumière fut”. Quant au Coran, il souligne, dans la sourate 55, que Dieu a créé l’homme et « lui a appris à s’exprimer clairement ».

Les mots fondent donc nos civilisations, imbibent nos origines, irriguent notre quotidien : combien de mots prononçons-nous chaque jour ?

Dans un ouvrage passionnant – LTI  Lingua Tertii Imperii – qu’il a publié en 1947, l’intellectuel juif allemand Victor Klemperer dénonçait les distorsions infligées à la langue allemande par les nazis. Miraculeusement resté vivant en Allemagne pendant la guerre, protégé en partie par le catholicisme de son épouse, il a compilé minutieusement dès 1934 la manipulation de la langue par l’idéologie. Bien avant donc le fameux 1984 de George Orwell paru en 1949.

« La langue ne ment pas, elle dit la vérité de son temps » écrit pour sa part Frédéric Joly qui a republié en 2024 une nouvelle version de son livre La langue confisquée, lequel a pour sous-titre Lire Victor Klemperer aujourd’hui.

Je veux croire qu’il est encore temps !

Alors, si notre langue révèle la vérité de notre moment sociétal et politique, manifestement délétère et violent, je veux croire qu’il est encore temps. Il est encore temps de changer les choses, il est toujours temps de mieux faire, de mieux dire et donc de mieux s’entendre.

J’écris cela parce que, de là où je me tiens, en tant que coach en prise de parole, je suis toujours étonnée, au début de l’accompagnement d’un de mes « champions », du peu de conscience qu’ont, les uns et les autres, des mots qui franchissent leurs lèvres. C’est quelque chose qu’ils ne veulent pas voir ; avec lequel ils ne veulent pas se confronter. Quand je leur propose d’enregistrer pour se réécouter, c’est panique à bord ! Et je ne parle même pas encore de visionner la vidéo pour se voir à l’écran…

Le commun des mortels est dans un double paradoxe vis-à-vis des mots et de la langue. Ils sont l’expression de lui, sans qu’il s’attache à savoir comment ils sortent de lui, ce qu’ils disent de lui, comment ils sont perçus. Dans le même temps, il s’agace qu’on ne le comprenne pas exactement comme il le voudrait sans qu’il se demande comment faire pour obtenir ce résultat : celui d’être compris au mot près.

Certes, le commun des mortels ne se retrouve pas habituellement face au public ni face aux caméras. Mais quand il identifie que cela pourrait lui arriver, par exemple quand qu’il se porte candidat à des élections, alors il se trouve dans une obligation – de mon point de vue – de savoir porter une parole propre.

Je constate qu’il y a deux types de propos délétères : ceux qui sont intentionnels et ceux qui sont dus à de la maladresse – laquelle n’est pas pardonnable quand on s’exprime en public et/ou face aux médias.

Combien de candidats aux municipales ont refusé les débats parce qu’ils savaient ne pas avoir le bon niveau d’arguments, parce qu’ils ne se « sentaient » pas d’y aller, parce qu’ils ne connaissent ni ne comprennent les codes de la prise de parole face aux médias ?

Et combien y sont allés avec une « punchline », deux yaka faukon et le reste au feeling ?

Comment s’étonner ensuite que ce soient les forts en gueule qui « tiennent le crachoir » ? Que la surenchère et les effets de manche l’emportent sur les arguments ?

Qu’est-ce qu’une parole propre ?

Une parole « propre » est d’abord et avant tout une parole qui a conscience d’elle-même, du poids des mots, de la manière dont ils résonnent chez les autres et dont ils engagent ceux qui les prononcent. Avec ça, je peux vous garantir qu’on peut déjà gagner beaucoup en qualité, en efficacité, en « propreté ».

Ensuite, et ceux qui me lisent habituellement savent que c’est mon credo, la prise de parole en public requiert de la technique, a fortiori dans un monde où l’auditoire est plus exigeant, saturé de datas et saoulé de communications en tous genres. C’est dans cette intention que j’ai créé la Méthode du Losange qui rassemble des outils et donne des techniques pour apprendre à délivrer une parole propre.

Pendant cette campagne électorale de 2026, j’ai accompagné quelques maires, candidats à leur réélection, sur leurs prises de parole face au public et face aux médias. Certains ont gagné, d’autres pas, mais avec eux tous, j’ai la fierté d’avoir œuvré pour les aider à toujours avoir une parole propre, étayée, argumentée, cohérente. C’est notre honneur, à eux et à moi, que d’avoir travaillé ainsi.

Et je continuerai, qu’on se le dise !

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Le cabinet Sophie Backer Conseil accompagne dirigeants, managers et élus sur leurs prises de parole en public, en visioconférence ou face aux médias : la construction du message, la posture, la voix.
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