
« Je perds mon souffle » : c’est avec ces mots que, très souvent, on me sollicite. Pourtant je ne suis pas médecin mais coach en prise de parole. De fait, la question du souffle et, son corollaire, celle de la voix, est un vrai sujet de préoccupation à l’oral.
J’accompagne des femmes dirigeantes qui me demandent de les aider à mieux respirer pendant leurs prises de parole, à mieux placer leurs voix qui sont perchées dans les aigues et qui, de ce fait, les désavantagent.
J’accompagne des ingénieurs de très haut niveau à qui l’expression orale pose un gros problème, ce qui fait qu’on ne les entend littéralement pas – même quand ils parlent ! Ils n’articulent pas, ils mangent leurs mots, comme s’ils n’avaient pas d’air. Leurs voix sont rentrées ; elles restent à l’intérieur d’eux-mêmes.
J’accompagne des politiques, pourtant rompus à l’exercice de prise de parole, et qui me disent avoir du mal à trouver leurs marques, leurs appuis, dans le récit et qui, de ce fait, se trouvent essoufflés au bout de quelques minutes de discours.
L’oral se travaille à l’oral
On peut, certes, traiter le problème du souffle par des techniques de respiration mais, de mon expérience, cela ne suffit pas. De là où je parle, en tant que coach en prise de parole, j’observe que le problème vient en premier lieu d’une construction narrative inadaptée dans la manière d’amener le récit, de construire les phrases, de mettre des ponctuations, de marquer des pauses. Quand je dis « inadaptée » j’entends littéraire, écrite, alors que, comme je le dis souvent, l’oral doit se travailler à l’oral.
Je vois plusieurs causes à ce problème. En premier lieu, nous venons d’une culture de l’écrit et, le plus souvent, nous écrivons d’abord pour dire ensuite. Ce qui explique cette construction du récit inadéquate. Ensuite, nous avons, encore et toujours du fait de notre culture et de notre éducation scolaire et universitaire, la tendance à vouloir trop en dire, à être exhaustif. C’est la profusion, laquelle amène souvent à la dispersion : « ça » part dans tous les sens, on saute d’une idée à une autre. Or, profusion plus dispersion entraînent une accélération du débit. Qui entraîne mécaniquement l’essoufflement. Qui entraîne aussi, en cascade, une difficulté soit à poser sa voix, soit à la sortir.
Le stress : un facteur aggravant
L’orateur est aussi victime d’une idée reçue – et donc fausse – qui est que le silence fait perdre son auditoire. Il craint le « blanc » comme le loup. Donc il sature l’espace narratif, il « cavale » et… il perd son souffle. Pourtant les pauses, marquées, ont au contraire l’effet bénéfique de re-capter l’attention de l’auditoire.
Observez ce phénomène sur vous-même quand vous êtes dans le public. Vous espérez que celui qui s’exprime ralentisse, en dise moins mais mieux, prenne son temps, s’arrête parfois pour mieux repartir en dynamique et aider ainsi à l’attention. D’ailleurs, il n’en respirerait que mieux…
Vous remarquerez que j’ai laissé la question du stress de côté. Bien sûr, c’est un facteur aggravant, qui augmente assurément les problèmes de souffle et de voix. Mais, comme on vient de le voir, il n’est pas à l’origine du problème, même si c’est souvent lui qu’on incrimine en premier lieu.
Aligner son récit pour trouver son souffle
Pour remédier à tout cela, il s’agit donc de modifier la construction et, en particulier d’aligner son récit. « Aligner » cela suppose, comme le mot l’indique, d’avoir une ligne, un fil rouge, un fil conducteur unique sur l’ensemble de l’intervention orale. C’est ce qu’on appelle, en communication, le message principal. Il est la colonne vertébrale du récit sur laquelle l’orateur peut s’appuyer pour dérouler son propos. Il permet l’ancrage du corps et, de ce fait, celui de la voix. Celle-ci peut alors prendre son ampleur naturelle, trouver son expression, trouver son souffle…
Ainsi, les voix perchées descendent mécaniquement dans les graves et en deviennent plus agréables et crédibles à l’écoute. Les voix escamotées « sortent » – on dit « sortir sa voix » -, sans forcer, sans se faire du mal, juste en trouvant leur placement naturel. Et ceux qui s’essoufflent parce qu’ils parlent trop vite, trouvent les bons endroits pour marquer les pauses et respirer à leur rythme.
Travailler sur cette colonne vertébrale narrative constitue l’un des éléments de mon approche pédagogique, rassemblée dans la Méthode du Losange, un véritable manuel de fabrication du narratif. On y trouve d’autres considérations, notamment sur la dimension concrète du récit, qui aide elle aussi à éclaircir les idées et donc les propos de ceux qui s’expriment, toujours dans cette même intention de trouver son souffle et sa voix.
Si, vous aussi, vous perdez le souffle lors de vos prises de parole, si votre voix est trop rentrée ou, au contraire, trop perchée, nous pouvons en parler ensemble. Vous pouvez prendre rendez-ici.
À bientôt pour la suite,
Sophie