Prise de parole : « incarner » son récit, oui, mais comment ?

Pour commencer, mettons-nous d’accord sur le sens des mots. Comme souvent sur un sujet de communication, il y a du flou autour des termes-mêmes qui sont employés. Ici, le verbe « incarner », qui se rapporte communément au monde du théâtre ou du cinéma : le comédien incarne tel ou tel personnage. Il prend ses attributs ; il devient autre.

Alors, en prise de parole, il s’agirait de s’« incarner » soi-même en tant qu’orateur, de devenir autre tout en restant soi…. Drôle d’idée ! Pourtant, en tant que personne qui s’exprime je suis déjà un corps parlant, n’est-ce pas ?

Factuellement, la question d’incarner son propos ne devrait donc pas se poser puisque chaque orateur humain est bien un être de chair et d’os. Les mots franchissent des lèvres ; ils sont portés par le souffle des poitrines, par les larynx et par les cordes vocales…

L’auditoire veut une présence

Mais il est vrai que tout cela est insuffisant pour « incarner ». En fait, l’auditoire attend non pas tant de la « chair » que de la présence, du « waouh », quelque chose qui capte son attention, qui le garde en haleine ou du moins en intérêt.

Or, par manque de techniques, trop d’orateurs se mettent en retrait de leurs propres récits qu’ils ânonnent, mâchonnent, bredouillent, évacuent comme s’ils voulaient se débarrasser d’un encombrant. Ils ont clairement hâte d’en finir, ne trouvent ni leurs marques ni leurs places, et font bien pâles figures malgré leurs autres qualités et expertises.

A contrario, certains surjouent et endossent les attributs d’un personnage qui ne leur ressemble d’aucune manière. « Je ne veux pas me « déguiser » lors du discours » me disait un de mes futurs champions au moment de notre échange préalable au coaching. Inquiet, me disait-il, d’être amené à dire des choses qui ne lui correspondraient pas, à utiliser des mots qui ne seraient pas les siens, à s’embarquer dans un récit emphatique avec effets de manche et envolées lyriques.

Mais, tout seul, il ne savait pas comment faire pour trouver la juste mesure entre exagération théâtrale d’un côté et platitude soporifique de l’autre.

Construire le récit « sur soi ».

Incarner c’est d’abord une question de construction du propos. En effet, pour incarner il faut s’inscrire dans le récit ; parler en tant que qui l’on est, légitime à s’exprimer sur tel ou tel sujet non plus en tant que sachant mais en tant qu’acteur agissant.

Pourquoi ? Parce qu’à l’heure de l’IA, la data est partout ; de ce fait, la valeur de ce qui se dit réside dans la singularité, dans l’énoncé de l’expérience et de l’action. Par exemple, l’IA sait dire ce que fait un coach en prise de parole de manière générale. Mais il n’y a que moi qui peut raconter par le menu, par l’intérieur de mon vécu, comment « moi je fais » coach en prise de parole.

Pour construire ce récit sur soi, il existe des techniques. J’ai rassemblé les miennes dans un corpus intitulé Méthode du Losange. Je recommande l’usage des verbes d’action conjugués à la première personne – je ou nous. Cela permet, très simplement, de construire le discours d’actes – Speech Act, selon la terminologie utilisée par son « inventeur » John L. Austin au début du siècle dernier.

Cette technique narrative donne par essence une dynamique au récit – les verbes d’action sont proactifs intrinsèquement. Cela a pour effet « mécanique » d’engager le corps dans le récit et de permettre à l’orateur de gagner naturellement en impact sur les dimensions non verbales de l’expression orale – body language.

Pour présenter les choses autrement, « incarner » son récit c’est tout simplement être engagé dans ce qu’on dit, pas tant en conviction qu’en mise en visibilité de ses actes.

La prise de parole est un sport complet

D’ailleurs, il est temps d’écrire ici que je n’utilise pas moi-même ce terme d’« incarner » dans ma pratique professionnelle. Je préfère dire « être dedans » comme on est « dans son match », « dans sa course », quand on est un sportif. Ce que je souligne ainsi c’est que la prise de parole est résolument un sport complet qui allie concentration mentale et engagement physique. Et non pas un « simple » exercice intellectuel, pas si simple que cela d’ailleurs…

C’est cette présence physique, que j’évoquais plus haut, qui fait la différence. En prise de parole, il ne s’agit pas tant d’incarner que d’être au présent – présent à soi comme dirait des coachs en développement personnel –, présent aux mots qui franchissent nos lèvres et dont nous sommes responsables. C’est ainsi que nous pouvons rester « maîtres de nos propos », puisque ce point alimente désormais le débat public – « Avons-nous la maîtrise de nos paroles ? » – a été l’un des sujets du bac de philo de cette année.

Si cela vous dit de travailler cette présence dans le récit, pour gagner en impact et en aisance à l’oral, vous pouvez me contacter ici pour que nous en parlions.

Sinon, à bientôt pour la suite
Sophie

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Le cabinet Sophie Backer Conseil accompagne dirigeants, managers et élus sur leurs prises de parole en public, en visioconférence ou face aux médias : la construction du message, la posture, la voix.
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