
Partons d’un principe simple : nous sommes tous sujets au stress en situation de prise de parole. Parce que prise de parole dit public, donc regard des autres sur soi, sur ses idées, sur ses compétences. Prendre la parole c’est s’exposer et ce n’est évident pour personne.
De là où je parle, en tant que coach en prise de parole, j’observe trois grandes catégories de situations.
Dans la première se trouvent les personnes qui ont une conscience forte de leur stress : la moindre intervention en réunion leur pose un problème. Elles mettent alors en place des stratégies d’évitement, renoncent à des promotions pour ne pas se mettre davantage en visibilité. Sans parler des impacts sur la santé au travail : à ma connaissance, le stress spécifiquement lié à la prise de parole ne fait pas l’objet de mesures ni de prises en compte particulières dans les services RH. C’est que le sujet étant encore largement tabou.
Dans la deuxième catégorie se classent les personnes qui gèrent correctement, au quotidien, la pression liée à leurs interventions orales mais se sentent en difficulté lors de prises de parole exceptionnelles et donc à fort enjeu : la célébration des dix ans de l’entreprise, le discours d’inauguration d’une nouvelle entité, le discours des vœux, le speech de prise de poste.
Enfin, dans la troisième catégorie se rangent les orateurs plutôt à l’aise, et qui s’en sortent bien jusqu’à ce qu’un événement survienne qui les bloque et qu’ils redoutent par la suite : le blanc, le trou de mémoire, une intervention intempestive d’un membre de l’assistance et – pour les plus exposés – une interview désastreuse sur un plateau télé.
En prise de parole on est seul face aux autres
Sans entrer dans de grandes considérations psychologiques – qui ne sont pas de mon ressort – on sait que le stress est un ensemble de réactions physiologiques provoquées par la perception d’une menace ou d’une situation nouvelle et inconnue. En l’occurrence, en prise de parole, la menace – ou le risque encouru – est celle d’être mal compris, mal jugé ou pas à la hauteur de ce qu’on estime mériter. On redoute d’être mis au ban, de se retrouver isolé puisqu’en prise de parole on est toujours seul face aux autres.
Dans ces situations, les réactions du corps sont physiologiquement toujours les mêmes mais leurs manifestations varient selon les individus et l’intensité de la perception de la menace : certains vont sentir les battements de leur cœur s’accélérer, d’autres vont manquer de souffle ou avoir des sensations d’étouffement et de tête qui tourne ; plus banalement on peut se retrouver avec les mains moites ou le rouge au front.
Et vous, quelle est la principale manifestation de votre stress en situation de prise de parole ? Vous pouvez me répondre ici.
Parfois il n’y a pas de signes extérieurs perceptibles : l’entourage affirme avec conviction : « toi tu n’as pas de problème à prendre la parole ! ». Il n’en reste pas moins que le ressenti intérieur de l’orateur peut être terrible. Auquel cas il est important d’agir.
Alors comment agir ?
En tant que coach en prise de parole, je constate que le stress de la prise de parole est lié à l’absence de points d’appui : seul face aux autres, sur qui – ou sur quoi – s’appuyer ? La question ne se pose pas quand, par exemple, on s’exprime dans un cercle amical, au restaurant ou à la machine à café : dans ces situations, les points d’appui sont les autres – nos propos rebondissent les uns sur les autres, on ne se demande pas ce qu’on va dire ensuite.
À l’inverse, en prise de parole, il y a toujours un moment, même court, où il n’y a pas de rebond possible, donc pas d’appui. Par exemple, si on demande l’avis de quelqu’un en réunion, les regards se tournent vers cette personne, le silence se fait, on l’attend : il faut bien qu’elle dise, qu’elle se lance…
Donc, en tant qu’expert en prise de parole, je me suis rendu compte qu’il fallait placer les appuis sur soi en tant qu’orateur – puisque, une fois encore, on est seul face aux autres. Et, « placer des appuis » suppose construire le récit autrement.
Dire autrement plutôt que dire plus
Certains me confient passer beaucoup de temps- vraiment beaucoup – à préparer une prise de parole importante à leurs yeux. Quand je leur demande de me dire comment ils s’y prennent, 100% d’entre-deux m’expliquent qu’ils cherchent plus de datas, qu’ils s’assurent de ne rien oublier, qu’ils rajoutent encore des slides à leurs slideshow déjà bien fournis. Bref : ils font « plus » mais ils ne font pas autrement.
Pour « faire autrement » il s’agit d’inverser l’approche et s’occuper de l’auditoire plutôt que de soi. Se demander ce qu’ils ont besoin d’entendre / de savoir, eux qui vont écouter. Donc de construire son propos avec l’intention d’une focale narrative – un éclairage, un coup de zoom – sur ce qui est attendu. C’est une démarche inverse de ce que nous faisons tous, habituellement, du fait de notre culture cartésienne : nous avons tendance à ouvrir le champ narratif, à l’élargir encore, plutôt qu’à resserrer la focale.
Cette focale va permettre d’être moins éparpillé dans le récit. L’orateur voit mieux où il va. Il dit moins mais il dit plus précis, plus concret, plus spécifique. De ce fait il se sent mieux dans son propos et, mécaniquement, son stress diminue.
Cette technique de focale narrative est l’un des trois outils regroupés dans la Méthode du Losange que j’ai créée et qui est une méthode de construction narrative. Les trois outils permettent tous de consolider le récit, d’aider ainsi l’orateur à trouver ses appuis lors de ses prises de parole et, de ce fait, de gagner en assurance.
Naturellement, l’expression non verbale s’en trouve également fortifiée, plus assurée et donc plus impactante.
Si vous souhaitez en savoir plus – par exemple : combien de temps cela prend habituellement pour parvenir à se débarrasser de son stress en prise de parole ? – vous pouvez me contacter ici.
À tous, je souhaite une très belle rentrée, avec de belles prises de paroles assurées.
Sophie